Artemisia

La plus noble conquête de la peinture

Ceci n’est pas un cheval, c’est LE cheval, c’est Whistlejacket. Cet étalon à la robe alezan n’était pas n’importe quel cheval. S’il fut quelque temps une star des champs de course après une superbe victoire à York en 1752, c’est dans le who ‘s who du monde équestre de son temps qu’il brillait ! Whistlejacket était le fils de Godolphin Arabian, l’un des tout premiers étalons arabes importés en Angleterre dans la première moitié du XVIIIème siècle. De quoi faire la fierté de son propriétaire, Lord Rockingham et justifier la commande d’un tableau hors norme.

En effet, le tableau de la National Gallery n’est pas une peinture équestre comme les autres. Il s’agit d’un véritable portrait équin, réalisé par l’un des meilleurs peintres du genre : George Stubbs. Loin d’être un artiste conventionnel, Stubbs était convaincu « que la nature était et est toujours supérieur à l’art grec ou romain », position singulière à une période où la plupart des artistes ne juraient que par l’antique. Alors pour appréhender la nature équestre dans toute sa vérité, notre artiste, autodidacte, n’hésita pas à disséquer et dessiner pendant dix-huit mois des carcasses de chevaux dans une grange louée à cet effet. Il en tirera un ouvrage The anatomy of the Horse (L’anatomie du cheval), une parfaite connaissance de son sujet et certainement un estomac à toute épreuve.

George Stubbs se présenta donc comme le spécialiste du cheval et les commandes commencèrent à affluer. Stubbs peindra les plus grandes célébrités du équestres du XVIIIème siècle. L’aristocratie trompait alors son ennui sur les champs de course et les propriétaires, fiers de leurs champions prirent l’habitude de les faire peindre. Certains comme Lord Rockingham, futur premier ministre, voyaient les choses en grand. Ce collectionneur d’art antique et passionné de chevaux invita l’artiste dans son domaine de Wentworth House pour y peindre les plus beaux spécimens de ses écuries. Whistlejacket se détache indéniablement du lot.

C’est le format d’un portrait d’apparat que choisit Stubbs pour figurer l’étalon. Sur un fond neutre, d’une tonalité mordorée, Whistlejacket semble prendre le spectateur à témoin de sa beauté. Les muscles frémissent sous la peau qui laisse voir les veines palpiter, la lumière joue sur les reflets de la robe en un illusionnisme remarquable. Pourtant le spectateur ne peut oublier qu’il se trouve face à une peinture. Après une étude attentive, les contours ne semblent plus aussi fermes qu’au premier regard, certains coups de pinceaux presque désinvoltes. Et puis, il manque le fond, le paysage pour que l’illusionnisme soit total.

Mais l’animal possède une présence indubitable ; il vit, frémit sous notre regard. Le peintre lui a retiré toute référence à la domination de l’Homme. Ni bride, ni selle pour l’entraver, c’est un cheval fougueux et libre qui se détache de la toile. Le spectateur, même sans connaître personnellement l’animal y reconnaitra le tempérament revêche du fameux Whistlejacket. George Stubbs était un visionnaire, la notion si romantique du sublime de la nature indomptable est déjà présente dans ce tableau, elle est là, dans le regard de son modèle.

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Whistlejacket (vers 1762) de George Stubbs (1724 – 1806)
Huile sur toile. 296,10 × 248 cm
The National Gallery Londres. Acheté avec le soutien de l'Heritage Lottery Fund, 1997

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