Artemisia

Munch

Nous voulons autre chose que la simple photographie de la nature. Nous ne voulons pas non plus peindre de jolis tableaux à accrocher aux murs du salon. Nous voudrions un art qui nous prend et nous émeut, un art qui naîtrait du cœur.

Journal, 1889

Peintre norvégien, né dix ans après Van Gogh et mort la même année que Kandinsky, Edvard Munch est surtout connu du grand public pour son célèbre tableau Le Cri.
Mais cette œuvre remarquable a trop souvent tendance à cacher l’ensemble de la production du peintre, pourtant fascinante, et que le Musée d’Orsay met à l’honneur cet automne.

Edvard Munch nait et grandit dans un milieu où la maladie, la souffrance et la mort sont omniprésentes. Son père est médecin militaire et à ce titre, au contact de bien des atrocités. Sa mère, malade, meurt alors qu’il n’a que 5 ans. Dix ans plus tard, il perd sa sœur ainée, Sophie, qu’il a accompagnée durant sa longue agonie. Quant à son autre sœur, Laura, elle séjournera régulièrement dans des hôpitaux psychiatriques. Lui-même sera toujours de santé fragile, ayant une faiblesse aux poumons qui lui donnera toute sa vie le sentiment d’une omniprésence de la mort. Dans ses notes, il écrit : « Mon art a puisé ses racines dans des réflexions où je cherchais une explication à cette inadéquation avec la vie. Pourquoi ne suis-je pas comme les autres ? Pourquoi [suis-je] né alors que je n’ai rien demandé ? La malédiction et la réflexion à ce sujet sous-tendent mon art. C’est l’arrière-plan le plus fort et sans elles mon art serait diffèrent. »

L’œuvre de Munch est à replacer entre symbolisme et expressionnisme, dans une volonté de rompre avec la lecture du monde extérieur que l’impressionnisme avait proposée, trop immédiate et, en un sens, trop terre à terre. Il ne veut pas peindre ce qu’il voit mais ce qu’il a vu. C’est-à-dire l’écho intériorisé du monde. A ce titre-là, il se rapproche d’artistes, comme Gauguin, Matisse, ou Kandinsky qui, chacun à leur manière, cherchent cette résonnance intérieure. Il note : « Dans un état d’émotion intense, un paysage vous fera une certaine impression. En représentant ce paysage, on aboutira à une image de son propre état émotionnel. C’est cet état émotionnel qui est l’essentiel. La nature n’est que le moyen. »

Dans son œuvre, Munch exprime son rapport spirituel au monde. Pour lui, l’humanité et la nature sont unies dans le cycle de la vie, de la mort et de la renaissance. Toute scène prend alors une dimension mystique, s’inscrivant dans le mystère qui unit toutes choses.
« On ne doit plus peindre d’intérieurs, de gens qui lisent et de femmes qui tricotent. Ce doit être des personnes vivantes qui respirent et s’émeuvent, souffrent et aiment. Je vais peindre une série de tableaux de ce genre. Les gens en comprendront la dimension sacrée et ils enlèveront leur chapeau comme à l’église. »

Ainsi, si certaines œuvres de l’artiste montrent le tragique et l’angoisse existentielle, d’autres sont le reflet de la continuité entre toutes choses où la mort n’est qu’un passage, le chemin qui mène d’une forme de vie à une autre. Le soleil et son rayonnement occupent en ce sens une place de choix dans les motifs récurrents de l’artiste. « Depuis des lustres j’ai parlé à des amis et de même noté dans mes journaux intimes que tout est mouvement, que même la pierre est vie … J’ai longtemps affirmé que la terre aussi est un être vivant … Nous voyons simplement les formes rondes des planètes avec les yeux que nous avons. Mais les rayonnements ? Tout est certes rond – l’homme avec ses rayonnements et toute vie. »

Entre une fascination pour les découvertes scientifiques de son temps (notamment sur les astres et les rayonnements), les nouvelles techniques (rôle majeur de la photographie et du cinéma dans ses compositions) et une quête existentielle empreinte de mysticisme, l’œuvre d’Edvard Munch est d’une grande modernité, et fait puissamment écho à notre quête de sens contemporaine.

Illustration :
Le Soleil, 1911
Edvard Munch
Huile sur toile, 455 x 780 cm
University of Oslo’s Art collection

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