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Rembrandt et le mélange des genres

Une scène intimiste

Femme au lit (Sarah attendant Tobias), c.1647
Rembrandt van Rijn (Leiden, 1606 – Amsterdam, 1669)
National Gallery of Scotland, Edimbourg

Ce tableau de Rembrandt peint vers 1647 est étonnant de simplicité. Dans un cadre arrondi sur le haut un personnage féminin presque grandeur nature soulève le rideau de son lit, le regard porté vers la droite. Elle semble attendre l’arrivée de quelqu’un. La touche expressive de Rembrandt et son utilisation virtuose des couleurs créent une scène d’une richesse impressionnante. Le contraste entre la lumière douce sur la peau de la jeune femme et le fond sombre derrière le rideau fait émerger la figure en donnant du volume à une composition pourtant réduite. Sa chemise partiellement défaite et son regard qui nous échappe nous donnent presque l’impression de la déranger. Rembrandt semble avoir capturé un moment intime touchant de délicatesse dans son exécution. 

 

Le choix de la mise en scène

Les contemporains de Rembrandt auraient sans doute reconnu l’évocation d’un sujet spécifique tiré de l’Ancien Testament : Sarah attendant son mari Tobias le soir de leur nuit de noces (Tobie 8 :1-3). Malgré la concentration sur le personnage féminin, le cadrage intimiste et le minimalisme du décor, le parallèle avec l’histoire biblique aurait semblé naturel au public de l’époque.

La nuit de noces de Sarah et Tobias, 1611
Pieter Lastman
Boston Museum of Fine Arts

La scène fut traitée, quelques décennies auparavant, par le maître de Rembrandt à Amsterdam, Pieter Lastman (1611, Boston Museum of Fine Arts). Dans un style très différent, Lastman représente la scène de manière bien plus traditionnelle, en insistant sur la narration : durant leur nuit de noces, Tobias s’affaire à brûler un foie et un cœur de poisson sous les conseils l’ange Raphaël afin de repousser le démon qui s’attaque à tous les hommes qui épousent Sarah : sept de ses fiancés ont été ainsi tués le soir de leur mariage. Lastman dépeint la scène en détail : Tobias s’occupe du feu, l’ange combat le démon, tandis que Sarah observe la scène depuis le lit. La figure féminine émergeant de la pénombre derrière le rideau du lit, baignée dans la lumière de la bougie qui crée un jeu de clair-obscur, a sans doute inspiré Rembrandt des années plus tard. Cependant, l’ancien élève s’approprie totalement le sujet, créant un œuvre hybride puissante et intrigante. 

 

Au-delà de l’iconographie

Annonciation, c.1476
Antonello da Messina
Palazzo Abatellis, Palerme

Viser la simplicité de la composition pour se concentrer sur l’essence de la scène n’est pas propre à Rembrandt, ni même au XVIIème siècle hollandais. L’un des exemples les plus poignants de ce procédé est sans doute L’Annonciation d’Antonello da Messina (c.1476, Palazzo Abatellis, Palermo), où la Vierge Marie lève une main en signe de surprise, un livre devant elle : cela suffit à évoquer le reste de la scène, l’arrivée de l’ange et le dialogue entre les deux personnages. Chez Rembrandt, la simplicité de l’iconographie est amplifiée par un sentiment de proximité avec le personnage. La frontière entre scène de la vie quotidienne et scène biblique, entre moment intime et histoire religieuse, est volontairement floue. Le génie de Rembrandt réside tout autant dans sa touche et son travail de la lumière que dans sa capacité d’innovation qui nous rapproche plus que jamais de personnages jusqu’alors idéalisés. 

 

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