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De la Vénus d’Urbino à Olympia, métamorphose d’une déesse en demi-mondaine

Réalisée par le Titien en 1538, la Vénus d’Urbino suscite dès le début l’admiration et devient pendant des siècles un modèle d’inspiration pour les peintres. Vénus y est représentée nue, presque grandeur nature, allongée dans une chambre. Elle regarde le spectateur avec insistance et langueur, l’incluant directement dans la scène. Cette œuvre, considérée comme l’une

Olympia-Edouard-Manet

Venus d'Urbino - Le Titien

Réalisée par le Titien en 1538, la Vénus d’Urbino suscite dès le début l’admiration et  devient pendant des siècles un modèle d’inspiration pour les peintres.
Vénus y est représentée nue, presque grandeur nature, allongée dans une chambre. Elle regarde le spectateur avec insistance et langueur, l’incluant directement dans la scène. Cette œuvre, considérée comme l’une des plus érotique de l’histoire de l’art occidental, est sujette à bien des interprétations. S’agit-il d’un tableau nuptial ou d’un portrait de courtisane vénitienne ?

Les origines iconographiques

La figure de la femme au repos, nue ou sommairement vêtue, puise ses origines dans l’Antiquité. A la Renaissance, les artistes se réapproprient  les modèles grecs ou romains telle l’Ariane endormie du Vatican, remarquable copie romaine d’un bronze hellénistique. Avant le Titien, le nu allongé avait déjà été représenté mais au sens négatif que la morale chrétienne lui attribuait. Au Cinquecento à Venise, sous l’influence de la philosophie néoplatonicienne, l’approche change. Le nu est  considéré désormais comme la forme sensible, la trace de la forme idéale, de la beauté absolue. Giorgone, illustre maître de Titien, peint en 1510 la célèbre Vénus de Dresde. La déesse est endormie, couchée dans un paysage. C’est une image de pureté et de beauté en symbiose avec la nature, qui ignore tout du regard du spectateur.

Une invitation au partage de la sensualité

La Vénus de Titien exécutée une trentaine d’année plus tard est à la fois semblable et différente. La pose est similaire mais la déesse est ici bien réveillée, allongée sur un lit sur lequel dort un chien, dans des appartements où s’affairent deux domestiques. Sa pose alanguie et le regard nonchalant qu’elle porte sur le spectateur est comme un appel à se joindre à son intimité. La jeune femme est individualisée et manifeste explicitement sa féminité.

Le tableau fut probablement conçu pour la chambre nuptiale de Guidobaldo della Rovere. En Italie depuis le XVe siècle, la fabrication de coffres ornés de Vénus dénudées  était courante. Ces objets constituaient des cadeaux de mariage. On croyait que la représentation de la beauté sous l’angle érotique favorisait la fécondité de la mariée. Ici les coffres  et les attributs de Vénus sont présents dans le tableau lui-même qui, plutôt qu’un hymne à la luxure, serait une allégorie de l’amour conjugal : le myrte et les roses font allusion à Vénus mais aussi à l’amour constant, et le chien symbolise la fidélité.

La « femme nue » revisitée par Manet

Pour son Olympia peinte en 1863, Manet prend comme référence la Vénus d’Urbino dont il a fait une copie lors de son séjour en Italie en 1853. Cependant, il lui fait subir des transformations radicales. La touche raffinée de Titien, l’épaisseur de la couche picturale, la sensualité du corps de la déesse font place chez Manet à un aplatissement du modelé dont le contour est souligné par une fine ombre noire. La composition et la pose sont identiques mais la femme fixe le spectateur avec défi. Ce n’est plus une déesse mais une demi-mondaine qui semble accueillir son client (Olympia est à cette époque un pseudonyme de cocotte). Le chien est remplacé par un chat, symbole de lubricité. La servante noire tenant le bouquet fait allusion à son admirateur. 

L’œuvre fait scandale au salon de 1865. Le nu n’était alors admissible que dans un contexte mythologique ou exotique. La femme ici est fortement individualisée, il s’agit de Victorine Meurent, l’un des modèles préférés de Manet, mais dont le corps ne correspond pas aux canons de beauté de l’époque.

La déesse est descendue de son piédestal pour devenir une femme ordinaire, le langage pictural est essentiel, le sujet est désormais moderne !

Image de Pascale Vander Elst
Pascale Vander Elst
Licenciée en Histoire de l’Art et Archéologie à l'Université Libre de Belgique et agrégée de l’enseignement secondaire supérieur (ULB), Pascale Vander Elst exerce en tant que guide conférencière depuis 1986 dans différents musées en Belgique. Elle conçoit et réalise également des visites guidées, conférences et circuits culturels.
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