Artemisia

De la couleur crue et du noir et blanc, à Rennes. Quelle belle idée !

La couleur partout !

La couleur est partout autour de nous. Elle est lumière, elle est matière, elle impacte notre ressenti, nos émotions et notre perception des choses. Elle peut même être symbole et évoquer un pays, une pensée politique, ou encore un sentiment (le jaune de la trahison, le rose de l’amour, le bleu de la nostalgie etc.). Partout dans nos expressions quotidiennes, elle est là : broyer du noir, voir rouge, être vert de rage, … 

Nous vivons ainsi entourés par la couleur, multiple et omniprésente, et ce, sans toujours y prêter grande attention. 

Mais pour nombre d’artistes, la couleur est au cœur de la réflexion car elle est la matière première de l’art.

 

Couleur et peinture

Dès l’époque préhistorique, l’homme a cherché à développer la palette des couleurs à sa disposition. Partant des terres rouges ou ocres à sa portée, il a ensuite cherché à fabriquer de nouveaux pigments : du noir, du bleu, du vert, … Les couleurs du monde deviennent matière sous les doigts de l’artiste qui les transforme. 

À la Renaissance, les défenseurs du colorito encensent la capacité de la peinture à séduire l’œil et à le tromper, faisant apparaitre devant lui des chairs ou des tissus qui paraissent vrais, tant la couleur reproduit à merveille la matière. 

 

De la couleur-lumière au noir et blanc

Puis, avec les découvertes scientifiques de Newton la couleur se fait lumière. Transparente, immatérielle, elle devient la condition de la vision. 

C’est alors qu’une nouvelle opposition nait : d’un côté le noir et le blanc, sortes d’absolus aveugles, et de l’autre côté la couleur, qui nous permet de voir. Les théoriciens s’acharnent alors à le répéter : le noir et le blanc sont des non-couleurs. 

Et pourtant, alors que les études d’optique fleurissent au XIXe siècle, que le noir et le blanc sont mis au ban, l’invention de la photographie puis du cinéma, apprennent au public à découvrir et à aimer un nouveau type d’images, des images faites de lumière, mais surtout, des images… en noir et blanc !

 

Et aujourd’hui ?

Dès lors, l’artiste aura le choix. A la fin du XIXe siècle, mais surtout au XXe et au XXIe siècles, la question de la couleur vs le noir et blanc, dans des œuvres picturales, sculpturales, photographiques ou vidéos se posera comme un des aspects majeurs de la réflexion artistique.

En témoignent les deux très belles expositions proposées par la ville de Rennes cette été : La couleur crue au Musée des Beaux-Arts, et Au-delà de la couleur, le noir et blanc dans la collection Pinault au couvent des Jacobins.  

Au Musée des Beaux-Arts, l’accent est mis sur les artistes pour qui la couleur est matière, offrant au spectateur une approche immédiate et sensible des œuvres. On y retrouve cette dimension première de la couleur, dans ce corps à corps ancestrale avec la matière du monde. 

Au Couvent des Jacobins en revanche, selon les termes du commissaire d’exposition Jean-Jacques Aillagon, on découvre des artistes pour qui “le refus de la couleur permet de mieux témoigner la vérité des choses, la radicalité des sentiments, tout en incarnant une esthétique exigeante”.

Conçues pour se compléter l’une l’autre, ces expositions nous rappellent combien la couleur, dans tous ces états, est au cœur des problématiques artistiques et ce, jusqu’à nos jours. 

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