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Artemisia Online - Article

Peinture, peinture… te revoilà ?

En 1947, le célèbre critique d’art américain Clément Greenberg, annonce la mort de la peinture de chevalet après avoir vu Jackson Pollock poser une toile au sol et y projeter de longs jets de couleur à partir de bâtons trempés dans des bidons de peinture. C’est le début d’une profonde remise en question de ce

En 1947, le célèbre critique d’art américain Clément Greenberg, annonce la mort de la peinture de chevalet après avoir vu Jackson Pollock poser une toile au sol et y projeter de longs jets de couleur à partir de bâtons trempés dans des bidons de peinture. 

C’est le début d’une profonde remise en question de ce médium traditionnel, où pendant une trentaine d’années dire que l’on est « peintre » vous classera presque irrémédiablement du côté des has been, qui n’ont pas réussi à se mettre à la page et restent attachés au « monde d’avant ».

Parmi les « résistants » se trouve Picasso dont les dernières séries ont été qualifiées par une critique dédaigneuse de « bad paintings ». 

Peut-être parce que c’est une île, le Royaume-Uni ne fait évidemment rien comme les autres, et voilà qu’à Londres, quelques peintres figuratifs rejettent l’abstraction américaine et travaillent, pinceaux et palette en main à représenter les modèles vivants qui posent nus, dans leur atelier. Dans une interview de 1987, Franck Auerbach témoigne ainsi du travail qu’il a mené aux côtés de ses amis, Lucian Freud et Francis Bacon : « Je trouve que ça a été fantastique, mais vraiment fantastique à l’époque, parce que les gens qui faisaient des tableaux figuratifs étaient vraiment ceux qui en ressentaient le besoin. Ça n’était plus à la mode, et c’était très bien comme ça, et je crois que ce qui a été favorable, c’est que les peintres qui avaient cessé de croire en la peinture se mettaient à faire des installations et à placer de petits cartels dactylographiés sur les murs, parce que ça voulait dire que seuls ceux qui tenaient vraiment à peindre continuaient, ce qui devint une activité excentrique qui était la nôtre parce que nous en avions décidé ainsi – ça n’était plus une occupation raisonnable ou acceptée, nous l’assumions, disons, en exclus, mais elle était vraiment très salutaire. »

Sur la fin des années 60, en Allemagne de l’Ouest, quelques artistes se détournent à leur tour d’une vision progressiste de l’art, selon laquelle chaque nouvelle époque rend obsolète la précédente. En d’autres mots, ils rejettent l’idée que le basculement de l’art vers l’abstraction et les arts plastiques – au détriment de la figuration et des Beaux-arts traditionnels – soit irrévocable. Partant à (re)conquête de leur passé culturel pour réhabiliter l’histoire et l’art allemands, au-delà de ce que la propagande nazie en avait fait, des artistes comme Gerhard Richter, Georges Bazelitz ou Anselm Kiefer vont peindre de grands paysages dans une veine romantique, des personnages aux couleurs expressionnistes, ou encore des grands mythes fondateurs de la culture germanique.  

Ainsi, malgré la mise en place après 1945 d’une sorte de dogme moderniste jetant dans les oubliettes la peinture de chevalet, ces quelques zones de résistances ont assuré sa survie jusqu’à ce que la nouvelle génération des années 80 prenne le relai et regarde alors avec passion ces artistes dont la modernité ne rimait pas nécessairement avec « rupture ».

L’exposition d’ouverture de la Bourse de Commerce – Pinault Collection à Paris au printemps 2021 témoigne avec brio de la place de la peinture figurative dans la pratique artistique de ce début de XXIe siècle. Dans la longue galerie de peintures qui court tout autour de la rotonde, on voit de jeunes (ou de moins jeunes) artistes dont les œuvres nous livrent un rapport nouveau à l’image. Si la rupture de 1945 ne signifie plus grand-chose pour cette génération, il s’agit de se positionner vis-à-vis d’une déferlante d’images numériques, des réseaux sociaux à la publicité, qui nous assaillent chaque jour. De Claire Tabouret à Antonio Oba en passant par Rudolf Stingel ou Lynette Yadom-Boakye, les peintres d’aujourd’hui repensent la peinture dans sa capacité à nous donner à voir des humains et non des consommateurs, de la sincérité et non des apparences. 

Aussi, après avoir été déclarée à l’agonie en 1945, la peinture de chevalet semble retrouver aujourd’hui toute sa vigueur (re)devenant au XXIe siècle, un moyen d’interroger notre perception du monde et des rapports sociétaux.

Photo : © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, agence Pierre-Antoine Gatier. Photo Maxime Tetard

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Amélie Sabatier
Après une Licence d’histoire de l’Art validée en 2009 à l’Università degli Studi à Florence, Amélie Sabatier obtient un Master de Marché de l’Art à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, en 2011. La même année, elle valide également un Master d’Histoire de l’art avec un mémoire de recherche portant sur le noir dans la peinture de Matisse. Spécialiste des couleurs, elle obtient en 2014 la carte nationale de Guide-Conférencière. Aujourd’hui Amélie Sabatier guide dans les musées nationaux et dans la ville de Paris. Elle enseigne également l’histoire de l’art dans de prestigieuses écoles comme l’ICART (métiers de la culture) et l’EFAP (école de communication). Enfin, elle est en charge de plusieurs séminaires et options culturelles à l’Université Paris Est Créteil (Paris XII), l’Université Ouverte de Versailles et l'Université Paris Dauphine (Executive Master Gestion du Patrimoine Artistique Privé).
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