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La plus belle femme au Moyen Âge

Le Maître de Naumburg est un sculpteur anonyme, actif au milieu du XIIIème siècle. Il fut formé, dans les années 1220, sur les chantiers des premières grandes cathédrales gothiques du nord de la France et de la vallée du Rhin. Après cette formation, il retourna travailler en Allemagne à Meissen, Mayence et Naumburg. Son parcours

Le Maître de Naumburg est un sculpteur anonyme, actif au milieu du XIIIème siècle. Il fut formé, dans les années 1220, sur les chantiers des premières grandes cathédrales gothiques du nord de la France et de la vallée du Rhin. Après cette formation, il retourna travailler en Allemagne à Meissen, Mayence et Naumburg. Son parcours témoigne de l’intensité des échanges culturels européens pendant le haut Moyen Âge.

Au milieu du XIIIème siècle, il réalisa, avec son atelier, douze statues polychromes surmontant autrefois les stalles du chœur occidental de la cathédrale de Naumburg. Ces sculptures grandeur nature ne représentent ni les Apôtres ni des saints, mais des laïques : les nobles saxons fondateurs de la cathédrale. La figuration de personnages contemporains dans le décor des églises, et notamment la multiplication des effigies de donateurs dans un contexte religieux, est l’une des grandes nouveautés du XIIIème siècle. Les douze fondateurs de la cathédrale de Naumburg sont issus de la famille aristocratique des Wettiner Ekkehard Inger. Ils ont fait de nombreux dons au diocèse de Naumburg aux XIème et XIIèmesiècles. Leurs statues, réalisées au milieu du XIIIème siècle, ont été installées au-dessus de leurs tombeaux actuellement recouverts par les dalles du chœur. Il faut donc considérer ces statues comme des effigies funéraires.

Leurs visages sont taillés avec une grande intensité et leurs traits sont nettement marqués. L’originalité du Maître de Naumburg se manifeste dans le style de ces figures très animées, très expressives. Elles ont été créées 150 ans après la mort de ces personnes. Ce ne sont donc pas des portraits, toutefois leur individualité est frappante. Bien qu’ils soient représentés dans leurs costumes d’époque et que chaque figure soit individualisée, ils reflètent l’idéal de beauté de leur temps. L’une des douze fondatrices de la cathédrale, la célèbre Uta de Ballenstedt, a été considérée comme le symbole de la « plus belle femme du Moyen Âge ». Elle est très représentative de cet idéal de beauté : le visage bien proportionné et le corps mince, un front blanc, des sourcils très finement dessinés, un nez droit, une petite bouche, et des lèvres rouges contrastant avec la peau blanche. Malheureusement, le rendu d’origine des couleurs éclatantes est, après plusieurs siècles, en partie perdue.

Leurs gestes et leurs vêtements reflètent également un idéal de cour. Les figures masculines tiennent une épée et un bouclier dans une posture très droite, ce qui correspond aux attributs masculins de la noblesse. Les femmes nobles portent une coiffe composée de bandeaux encadrant le visage. Les cheveux couverts affichent un statut de femme mariée. La plupart des fondatrices portent une couronne composée de métaux précieux et de pierres précieuses. Ce ne sont pas des couronnes royales puisqu’Uta détenait le rang de margravine, l’équivalent de comtesse.

Les habits étaient des signes de prestige de la haute société. La valeur du manteau se mesurait essentiellement aux matières utilisées et à la confection. Ils étaient faits d’un drap lourd doublé de fourrure et orné de broderies et de dentelles.Uta maintient au niveau de la taille avec trois doigts son manteau fermé. C’est un geste courtois qui était souvent représenté dans l’art de l’époque. La tenue des figures de fondatrices correspond à l’importance accordée à l’élégance et la décence. Une conduite distinguée et tout en retenue était de rigueur à la cour. Bien que les conventions soient moins strictes pour les hommes, ils avaient également des règles de conduite à suivre car la bonne conduite était aussi considérée comme une vertu importante pour les hommes.

Ce « miroir de prince dans la pierre », comme l’a appelé l’historien de l’art allemand Willibald Sauerländer, est une représentation idéalisée des figures nobles. Elle doit être comprise dans le cadre de l’autoreprésentation de la noblesse, qui en tant que mécène, encourageait les arts et les utilisait pour se faire représenter. La noblesse a donc transmis l’empreinte du luxe matériel et l’étiquette des cérémonies à travers la sculpture et la littérature allemandes de l’époque.

Les œuvres du Maitre de Naumburg sont à replacer dans le contexte du développement de la sculpture monumentale européenne de l’époque. Ces statues de fondateurs de la cathédrale de Naumburg reflètent les changements intervenus dans les arts visuels du XIIIème siècle. La sculpture gothique tend peu à peu à s’émanciper du cadre architectural pour acquérir une autonomie, passant du relief à la ronde-bosse. Les figures gagnent en naturel dans le rendu des drapés, des gestes comme des expressions, infiniment plus variées et plus nuancées qu’auparavant. Au XIIIèmesiècle en Europe, parallèlement au “style 1200”, émergent de nouvelles formes d’expression avec des visages plus individualisés et expressifs. Cette tendance s’est traduite par un réalisme et une observation de la nature qui se retrouvent chez le maitre de Naumburg dans son souci de rendre les particularités de chaque individu.

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Fanny Laruaz
Fanny Laruaz a fait des études d’histoire de l’art à l’Université Paris Nanterre avec une spécialité en art médiéval. Son sujet de recherche en Master portait sur l’étude de manuscrits enluminés du XVème siècle. Elle compléta ensuite son parcours universitaire avec des études d’archéologie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne durant lesquelles elle étudia l’Arabie préislamique. Titulaire de la carte de guide conférencière depuis 2014, elle anime depuis plusieurs années des visites guidées et des conférences sur l’art et l’histoire de l’Orient et l’Occident aux périodes antique et médiévale.
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