Pourquoi parler de « lecture » d’une œuvre ? Pour mettre en avant la possibilité de lire le visuel comme nous lisons de la poésie, en se délectant de la manière dont la forme nous conduit au sens.
Sir Anthony Cragg, sculpteur anglo-allemand né à Liverpool en 1949, réside et travaille à Wuppertal, Allemagne, depuis 1977.
« New Stones – Newton’s Tones » est une œuvre datant de 1978. Je vous propose de l’approcher de différents points de vue afin d’enrichir notre première vision par une réflexion plus approfondie.
Éléonore Pironneau, enseignante à Artemisia Online, propose de vous exposer tous des outils d’interprétation des œuvres visuelles en cherchant à en ouvrir les sens possibles dans son cours : “Lire une œuvre d’art“.
Explorer la forme
Le vocabulaire visuel de New Stones – Newton’s Tones » de Tony Cragg ⤵
Appréhender une sculpture par sa photographie n’est évidemment pas idéal puisqu’il manquera le ressenti de l’échelle, de l’espace et des textures, mais essayons malgré tout… Citons les éléments de vocabulaire présents dans cette œuvre : l’élément couleur règne sur cette installation, un dégradé bien ordonné qui suit l’ordre du spectre lumineux évoqué par le titre « Newton’s Tones ». Puis viennent les aspects forme et volume : nous sommes devant une sculpture présentée en deux dimensions à même le sol dont la forme générale se lit facilement comme un rectangle composé par l’accumulation et l’arrangement de petits éléments, une sorte de tableau horizontal. Bien que le rapport à la terre soit invoqué du fait que l’installation épouse le sol, il est à noter que les objets choisis par le sculpteur –entiers ou fragmentés– ne sont pas des matériaux venant de la nature mais ont été fabriqués par l’homme. Le sol de la galerie est visible entre les objets et joue un rôle passif mais significatif : l’environnement et l’œuvre sont intimement liés et la question de la frontière est posée.
Comment interpréter cette œuvre ?
Le vocabulaire visuel de cette sculpture
La beauté est partout
Une fois que l’on sait que Tony Cragg a collecté ces matériaux de rebus en quelques heures près de chez lui en mai 1978, quelques interprétations évidentes sautent aux yeux : peut-être que l’artiste a souhaité nous montrer la beauté qui se trouve partout quand l’on sait regarder, même dans les petits objets que l’on ne regarde justement jamais ?
Sauvons la planète
Plus évident encore, cette œuvre ainsi que d’autres travaux de cette période, comme Spectrum (en photo), pourrait être un discours sur la pollution de la nature par l’homme et sa fâcheuse tendance –toujours d’actualité– à fabriquer de manière compulsive des objets en plastique. Mais laissons les interprétations trop évidentes, surtout si elles sont uniquement basées sur l’aspect narratif de l’œuvre et non sur le sens induit par sa forme, et observons encore un peu…
Le tout et les parties
Comment regarder cette installation ? En sautant d’un élément à un autre et en s’attachant aux détails ? En laissant notre esprit reconstruire la forme constituée par les fragments et recréer un tout ? En circulant dans la forme négative constituée par la vision du sol blanc entre les objets et en incluant le reste de l’espace comme une extension de l’œuvre ?
Certainement ce travail nous propose d’envisager ces différentes manières de percevoir, et à partir de notre expérience sensorielle nous amène à nous questionner sur le rapport entre le tout et ses parties, thème que l’on peut élargir à l’opposition entre des courants de pensées qui traversent la philosophie et les sciences. La pensée réductionniste conçoit la réalité à partir de ses unités élémentaires et constitutives. Alors que d’autres théories affirment que les corps vivants ainsi que sociaux sont des totalités qui ne s’analysent pas par la somme de leurs parties, mais font prévaloir la fonction unifiante d’un tout.
Il est vrai qu’ici la forme géométrique qui contient les objets, l’organisation par la couleur et le choix de les poser sur un même plan produisent un système qui unifie une réalité complexe et fragmenté.
Fragmentation ou unification ?
En plus de la question du tout et de ses parties, Tony Cragg nous met en position de devoir choisir –ou choisir d’englober– deux manières opposées de percevoir son œuvre : soit comme une fragmentation, un éclatement, une dispersion ; soit comme un rassemblement, un assemblage, une reconstruction.
Le paradoxe final
Ordre et chaos
Mais l’art a l’avantage sur la science de pouvoir sans se contredire embrasser des réalités paradoxales. C’est un principe poétique que d’assembler des notions opposées et faire entendre le jeu de leurs dissemblances dans une composition plus ou moins structurée.
En ce sens l’artiste est dans son rôle quand il joue à ordonner le chaos. Nous, regardeurs, sommes questionnés dans notre manière de percevoir non seulement cette œuvre-ci mais le monde en général, et l’expérience nous laisse augmentés psychiquement par la subtile gymnastique de l’intégration d’un paradoxe.
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“Lire une œuvre d’art” par Éléonore Pironneau / Capture d’écran Artemisia